Henri SLAMA

Merci beaucoup Henri pour ces souvenirs...
Hâte d'en lire plus..

 

ÉMILE ET JACQUIE : départ de Tunisie.. et de la 4 cv..



 

Ce blog se présente sans risque pour moi car étant le plus âgé , je ne risque pas d être démenti. Émile peut quand même préciser quelques points qui restent flous.



Tout d’ abord une image en 1947. Jacquie toute pimpante promène fièrement le petit Michou dans sa poussette ,au parc Belvédère.



Une autre image, en Juillet 61, Jacquie au balcon du 66 terrorisée en entendant les foules hurler qu’ elles arrivaient de tout le pays pour libérer Bizerte et mourir en martyr de la patrie.



Ensuite Émile part pour la France. Je ne sais pas pourquoi il part le premier alors que c’ est Jacquie qui a le plus peur.



En douane on lui confisque les 5 dinars autorisés à la sortie. Il arrive à Marseille sans un sou. Heureusement il a l’ idée d’ aller chez ma sœur Simone pour se dépanner . Malheureusement  c’est Shabbat et Simone ne touche pas l’ argent ce jour là. Après un examen de conscience elle passe outre aux reproches possibles de son mari et dépanne Émile pour les premiers frais.



Jacquie rejoint ensuite Émile. Elle est enceinte de Tsilla et ils louent une modeste chambre d’hôtel. Je ne parlerai pas des déboires de Jacquie pour la recherche d’ un emploi. Est-ce parce qu’ elle est pied noire ou juive ?



Je reçois alors un appel de Marseille. Notre voiture est devant notre porte à Tunis.  Peux tu me la faire parvenir ?Je me renseigne . Le propriétaire doit obligatoirement se présenter à la douane avec tous les papiers.  J’ hésite… Le risque est grand . On ne sait pas comment peuvent réagir les gens de la police si des juifs essaient de les tromper !



C’ est de la folie de ma part mais je me présente avec la voiture à quai . Le douanier me fait enlever les sièges, puis les roues, moi à quatre pattes, ouvrir tout ce qui est démontable puis il me dit « carte grise et carte d’ identité ». Après un coup d œil il me dit « ça va ». Chance inouïe j ai alors compris qu il ne savait pas lire le français. Ancien combattant de la libération, cet étudiant de la grande mosquée était incapable de reconnaître une lettre française. Il avait été récompensé par ce poste de fonctionnaire pour combien de temps je l’ignore mais cela avait bien arrangé nos affaires



Henri 20/02/2016

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** Ce que je sais, c'est que Émile est parti à un moment où ils laissaient passer les tunisiens (mon père n'était pas français) et bloquaient les français..
Et la semaine suivante, c'était l'inverse... ! Ma mère (française) a pu partir..
Bravo pour la 4cv....!! haha

Tsilla

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  Suite départ Tunisie



Attention Tsilla.. Innocemment ton imagination débordante transforme la réalité.

Tu as écrit dans ton commentaire de mes écrits que d'abord les français étaient bloqués en Tunisie, puis que c'était le tour des tunisiens. C'est inexact car les français n'ont jamais été bloqués; le gouvernement français ne l'aurait jamais accepté.

Par contre, les tunisiens , eux, ne pouvaient plus sortir du pays.

A l'aube de l'indépendance du pays, les autorités des pays arabes avaient décidé que tout juif qui quitterait un pays arabe, irait automatiquement renforcer l'armée d’Israël.

Le Maroc avait interdit la sortie des juifs marocains. Certains avaient loué clandestinement des bateaux, comme les émigrants d'aujourd'hui, et avaient coulé en Méditerranée.

La Libye, de la même manière, avait interdit la sortie des juifs libyens.

Les États-Unis ont alors fait sortir clandestinement le président de la communauté juive dans un avion militaire américain.

Du coup, Khadaffi avait ordonné à l'Amérique de se retirer de Libye et de fermer la base aérienne de Whelus Field, qui surveillait toute la Méditerranée.

En Tunisie, les choses n'allaient pas mieux. Pour déjouer le blocage tunisien, l'agence juive avait imaginé un stratagème. Elle avait recruté, dans diverses villes ( Tunis, Sousse, Gafsa) 70 adolescents, déclaré qu'ils étaient primo-infectieux et demandé qu'ils soient envoyés dans un sanatorium à Oslo. Toutes les garanties à ce sujet avaient été données, et , après pourparlers avec la communauté juive, ils avaient reçu l'autorisation de partir.

L'agence juive loue alors 2 petits avions. Les enfants, avec des infirmiers et des accompagnateurs, partent pour Oslo; mais voilà qu'à l'atterrissage, un des appareils capote et tous les occupants sont tués.

La catastrophe est terrible. On apprend alors que les enfants devaient en fait repartir pour Israël; que l'on ne sait pas quels sont les morts, car certains parents avaient changé d'avis au dernier moment et l'Agence Juive avaient remplacé les enfants par d'autres sans rien dire, et l'on ne sait pas non plus dans quel avion les enfants avaient volé.

En Tunisie, on hurlait à la tromperie. La communauté juive était visée; on s'attendait à des émeutes anti-juives partout en Tunisie.

Les enfants et les corps des morts étaient au secret dans des zones militaires. Les rabbins n'y avaient pas accès. La Tunisie voulait qu'on ramène les corps au pays. L'Agence Juive voulait les enterrer en Israël. Ils seront enterrés dans les villages tunisiens. Il fallait prévenir les émeutes dans les villes.

L’archevêque de Carthage décidait qu'après ce deuil national, une messe solennelle serait célébrée en présence des autorités civiles et militaires.

Un avocat juif déclarait que la communauté n'était pas au courant et qu'il était le seul responsable.

Un médecin, le Dr Moatty, fut envoyé à Sousse où le risque d'émeutes était le plus important. Le chef de ceux-ci était un élève du Dr Moatty et il parvint à le convaincre de calmer la foule et de ne pas bruler les magasins juifs.

Voilà à quoi nos parents ont échappé.

J'ajouterais que, sous la pression internationale, les juifs tunisiens purent quitter la Tunisie.

Également depuis ce drame, le gouvernement norvégien organise chaque année la commémoration de cette catastrophe à Oslo.

L'ambassadeur de Tunisie dans ce pays y assistait aussi jusqu'à il y a 2 ou 3 ans.



Henri

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** Bah... il faudra une réunion au sommet pour éclaircir ce point flou.. Émile confirme que Maman (entant que française) a  bien été empêchée de sortir du pays durant quelques jours.. En tous cas, c'est comme çà qu'ils ont vécu la situation à l'époque de leur départ...

 Vivement qu'on soit tous réunis pour discuter de çà et de bien d'autres choses tous ensemble... Peut-être début Mai ..?


 Tsilla


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1936 en France



J'ai très envie de vous parler d'un livre dont je ne me souviens ni du titre, ni du nom de l'auteur, ni de l'éditeur.. mais il m'avait beaucoup plu.
Il s'agit d'un Monsieur de 90 ans qui avait voulu raconter à ses petits-enfants ses aventures sportives.
A 19-20 ans, il faisait partie d'un groupe de jeunes gens juifs qui s'entrainaient tous les jours à la natation et au waterpolo, à la piscine du Belvédère de Tunis. Plusieurs de ces nageurs étaient des amis à nous. Leur niveau ayant été considéré comme valable, ils furent invités à participer aux championnats de France de natation.
Une quinzaine de jeunes du Cercle des nageurs de Tunis s'embarquèrent pour Cannes, où se déroulait le championnat.
Ils disposaient d'une chambre dans un grand Hôtel de Cannes mais ce n'était pas comme aujourd'hui. Il n y avait pas beaucoup d'argent et , au moment de déjeuner, il s'éclipsaient pour aller manger un sandwich à la sauvette.
Ceci dit, les journaux sportifs leur prédisaient tous une défaite cuisante face au Cercle des nageurs de Tourcoing, champions de France depuis plusieurs années, des costauds de 35 ans, sûrs d’eux-mêmes.
Le pessimisme est total lorsqu’à l’Hôtel, ils racontent leur histoire à un client voisin. C'était Maurice Chevalier..
Il leur dit qu'il a confiance en eux, qu'ils sont jeunes, qu'ils vont fatiguer une équipe de vieux. Il va à leur entrainement et amène un autre supporter : Jean Gabin..
Il ne faut pas se fier aux journaux sportifs. Maurice Chevalier leur dit qu'ils sont jeunes, qu'ils vont fatiguer ces vieux; il va à leur entrainement avec Gabin et les soutient de toutes ses forces..
Toujours est-il que l'équipe gagne aux 1/4 de finale et en 1/2 finale, perdent en finale mais gagne le championnat de waterpolo..


Cette histoire n'aurait que peu d’intérêt sans le cadre que l'auteur décrit magnifiquement. Tout se passe en 1936-37, quand tant de choses se passent dans le monde.
En France, c'est le triomphe du Front Populaire avec Léon Blum, tellement décrié. Il lance les congés payés, les auberges de jeunesse et tellement de réformes sociales qui transforment la société française.
Des milliers de famille prennent le train pour aller contempler la mer. Arrivés sur la plage, ils tirent une nappe, sortent leurs provisions et s'installent pour déjeuner, au grand désespoir des Hôtels de luxe qui voient leur clientèle chic s'éclipser vers l'Italie.
Pendant dans ce temps se déroulent à Berlin les Jeux Olympiques de 1936, dans un faste extraordinaire voulu par Hitler.
Il refuse de serrer la main à Jess Owens qui venait de remporter les championnats d'athlétisme, ce qui fait scandale.
La guerre d'Espagne, avec l'intervention des avions allemands (tableau de Guernica par Picasso) laisse prévoir la 2ème guerre mondiale qui va arriver et va durer 5 ans..


Henri SLAMA


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Une demande en mariage en 1950



Cela se passait ainsi.
Les parents contactent une courtière (samsara) pour leur garçon ou leur fille.

Celle-ci commence un 1er travail exploratoire concernant chacune des familles : situation financière, milieu social, voisinage, culture..

Elle sait comment se renseigner en douce. Elle connait pas mal de banquiers, de concurrents.

A un 2è stade, elle choisit le couple qui lui parait le mieux assorti. Elle demande alors à la mère de la jeune fille de se rendre, à un jour et une heure fixe, au célèbre "café du saf-saf" à la Marsa, et de s'assoir à un endroit bien exposé. (le saf-saf est bien connu pour son chameau qui tourne sans arrêt autour du puis pour faire monter de l'eau, ensuite distribuée dans des gargoulettes)

Le jeune homme, de son coté, va passer par là et jeter un coup d’œil discret. Si la jeune fille semble lui plaire, il revient sur ses pas, s'attable avec elle et le dialogue s'instaure.. sinon il sort du café et on n'en parle plus.

Autrement , on va approfondir cette relation et assez vite, les familles vont parler finances.. qui va payer la chambre à coucher...? la réception..? etc, etc..



Henri SLAMA



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PROMENADE INVOLONTAIRE
(ou les 1ères blagues de Serge...!?)

Nous habitions alors à Tunis une maison à simple rez-de-chaussée, à un angle de rue.
A cette époque, la crise de Bizerte (juillet 1962) mettait Tunis dans un état de tension survolté. Les tunisiens voyaient ou croyaient voir partout des espions français.

Sur ce, on me téléphone au travail pour me dire que Serge (agé de 10 ans) avait été emmené au commissariat et qu'il fallait que j'y aille de suite.
Au commissariat, je vois Serge, assis dans un coin, prostré.
On m'indique, qu'avec son tir haut, il avait brisé le gyrophare de la voiture de police; les policiers avaient surgi, révolver à la main et ils avaient emmené Serge avec eux
(le tir haut consiste, avec un morceau de balai, à taper de toute force sur un petit morceau de balai effilé et l'envoyer le plus loin).

Mais le commissaire n'est pas là et j'attends. Il arrive au bout d'un moment et se fait expliquer la situation.
Dans son bureau, il me dit que cela est très grave, qu'on est en état d'alerte, et qu'attaquer la police çà peut mener très loin.
Je répond que c'est un enfant qui jouait dans la rue. Il ne pouvait pas savoir que la voiture de police allait déboucher à cette minute.
Le ton monte et le commissaire commence à s'énerver.

Heureusement, il me demande ma profession. Je répond que je suis conseiller à l'ambassade des états-unis et que je suis un des responsables du ravitaillement de la Tunisie par les américains, et que j'ai pas mal de contacts avec les ministres tunisiens.
Or, c'est le grand flirt entre les 2 pays.
Le ton change très vite.
Je propose de payer la réparation du véhicule. Pas question.
Il me raccompagne. Je dis hypocritement que je vais corriger Serge qui jouait dans la rue au lieu de faire ses devoirs.

Je me demande seulement ce qui serait arrivé si, au lieu de travailler à l’ambassade des états-unis, j'avais tenu une petite boutique au souk.

Henri SLAMA


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L'EXPULSION DE MES PARENTS


A notre départ de Tunis, mes parents ont vendu l'immeuble que nous habitions Rue Asdrubal, mais à la condition qu'ils restent locataires de leur appartement.
Ce qu'ils ne savaient pas, c'est que l'acheteur était un gros bonnet du parti gouvernemental du Destour et qu'il était directeur du plus grand hôpital de Tunis.
Pendant quelques années, tout a bien marché; sauf que ce monsieur qui avait loué les 2 autres appartements de l’immeuble, ne voulait pas s'abaisser à aller chercher les loyers des 2 autres familles. Il venait chez Papa boire une tasse de café et encaisser les 3 loyers.

Un jour de Décembre (mes parents avaient alors 80 ans) à 7h du matin, on frappe à la porte, mon père ouvre, c'est le propriétaire accompagné d'un policier et de portefaix.
Il dit qu'ils sont expulsés parce que l'immeuble menace de ruine; sans qu'ils soient au courant de ce jugement de la veille et d'une procédure à leur encontre.
Les portefaix sortent les meubles et vident la maison sur le trottoir dans la rue.
Maman s'assoit sur une chaise dans la rue et se met à pleurer. Les papiers, les vêtements, tout est jeté.
Heureusement , une dame, qui connaissait mes parents, savait où habitait une nièce, se précipite et prévient la parenté qui arrive, emmène Papa et Maman chez elle, ramasse des papiers, des vêtements et nous téléphone.

Tout cela aurait été normal, sauf en Décembre, avec des personnes âgées et en quelques heures.
Et quelques mois après, des amis passant par là, ont constaté que l'immeuble avait été surélevé de 3 étages, que mon ancien appartement était devenu un magasin de vente de batteries automobiles et que celui de mes parents était devenu une boutique de pièces détachées.

Henri SLAMA



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