mardi 5 avril 2016

Promenade involontaire (Henri SLAMA)


PROMENADE INVOLONTAIRE
(ou les 1ères blagues de Serge...!?)

Nous habitions alors à Tunis une maison à simple rez-de-chaussée, à un angle de rue.
A cette époque, la crise de Bizerte (juillet 1962) mettait Tunis dans un état de tension survolté. Les tunisiens voyaient ou croyaient voir partout des espions français.

Sur ce, on me téléphone au travail pour me dire que Serge (agé de 10 ans) avait été emmené au commissariat et qu'il fallait que j'y aille de suite.
Au commissariat, je vois Serge, assis dans un coin, prostré.
On m'indique, qu'avec son tir haut, il avait brisé le gyrophare de la voiture de police; les policiers avaient surgi, révolver à la main et ils avaient emmené Serge avec eux
(le tir haut consiste, avec un morceau de balai, à taper de toute force sur un petit morceau de balai effilé et l'envoyer le plus loin).

Mais le commissaire n'est pas là et j'attends. Il arrive au bout d'un moment et se fait expliquer la situation.
Dans son bureau, il me dit que cela est très grave, qu'on est en état d'alerte, et qu'attaquer la police çà peut mener très loin.
Je répond que c'est un enfant qui jouait dans la rue. Il ne pouvait pas savoir que la voiture de police allait déboucher à cette minute.
Le ton monte et le commissaire commence à s'énerver.

Heureusement, il me demande ma profession. Je répond que je suis conseiller à l'ambassade des états-unis et que je suis un des responsables du ravitaillement de la Tunisie par les américains, et que j'ai pas mal de contacts avec les ministres tunisiens.
Or, c'est le grand flirt entre les 2 pays.
Le ton change très vite.
Je propose de payer la réparation du véhicule. Pas question.
Il me raccompagne. Je dis hypocritement que je vais corriger Serge qui jouait dans la rue au lieu de faire ses devoirs.

Je me demande seulement ce qui serait arrivé si, au lieu de travailler à l’ambassade des états-unis, j'avais tenu une petite boutique au souk.

Henri SLAMA




Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire